⚠️ Longue lecture (pour mes standards :) et pas infosec mais cyber)
TL;DR « fin du monde » prevue pour le vendredi 13 novembre 2026
2026 vu depuis le passé
Prédictions, mathématiques et autres peurs démographiques
Dans mes petites habitudes de début d’année, j’aime bien partir à la recherche des prédictions du passé lointain qui désignent la nouvelle année comme date ultime.
C’est un jeu, une chasse au lapin blanc dans les spirales de l’histoire.
Pour ces trips archivistiques, j’utilise avec bonheur le magnifique moteur de recherche des journaux suisses
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https://www.scriptorium.ch
Cette année, la récolte a été particulièrement savoureuse, entre formulations grandiloquentes et prédictions mathématiques plus ou moins sérieuses.
2026 vu par le cinéma : Metropolis
On commence par un grand classique : Metropolis (1927), souvent considéré comme un film précurseur de la science-fiction moderne.
L’action se déroule effectivement… en 2026, soit un siècle après sa réalisation.
Une ville divisée en castes, où les ouvriers triment dans les entrailles de la machine pour assurer le bonheur d’une élite riche vivant à la surface.
Vision juste à 1% ? 😁
Disons que l’allégorie sociale reste d'actualité.
L’androïde, en revanche, est clairement plus élégant que nos robots actuels.
Quelques liens pour le plaisir :
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https://www.scriptorium.ch/s/iG8nhMZG5G
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https://www.scriptorium.ch/s/BW5GfSWTg5
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Metropolis_(film,_1927)
1960 : quand les mathématiques annoncent la fin du monde
Deuxième trouvaille, et pas des moindres.
Celle-ci m’a particulièrement amusé par son radicalisme mathématique, d’autant plus qu’elle touche à une discipline qui me fascine et qui est étymologiquement à la racine de mon cybertravail : la cybernétique.
La formulation du ressenti de l’époque est délicieuse.
On commence avec le Journal d’Yverdon, édition du 17 novembre 1960 :
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https://www.scriptorium.ch/s/9YQ0N8thPB
Vrai de vrai…
◇ D’après des mathématiciens de l’Université de l’Illinois, il y aura tellement d’êtres humains sur la terre, en l’an 2026 (dix-huit milliards) que ces derniers se verront condamnés à vivre entassés à la verticale…
😂
À la lecture, on se dit que cette théorie paraît pour le moins... farfelue.
Et effectivement, on ne retrouve pas de trace directe de cette « étude ».
Heureusement, la Nouvelle Revue de Lausanne du 1ᵉʳ novembre 1960 vient éclaircir l’affaire :
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https://www.scriptorium.ch/s/gtSPuTapam
SELON DES MATHÉMATICIENS : L’AN 2026 DATE DE LA FIN DU MONDE
Urbana (Illinois). — Les mathématiciens de l’Université d’Illinois ont fixé une date pour la fin du monde : l’an 2026.
Ils calculent qu’à cette date la population du globe aura augmenté jusqu’à l’infini et qu’elle s’exterminera automatiquement.
Ces calculs sont basés sur la théorie suivante : plus l’homme apprend comment survivre, plus
Mais… c’est quoi cette histoire ?!
c'est
La « Doomsday Equation » de Heinz von Foerster
Nous sommes ici face à la Doomsday Equation du professeur Heinz von Foerster, eminent précurseur de la cybernétique.
"Doomsday: Friday,
13 November, A.D. 2026
At this date human population will approach infinity
if it grows as it has grown in the last two millenia."
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https://ee.stanford.edu/~acfs/vonFoersterArticle.pdf
Dans ce travail, von Foerster et ses étudiants analysent des données démographiques issues de multiples sources historiques.
Leur conclusion est surprenante : sur plusieurs siècles, la croissance de la population mondiale aurait été plus rapide qu’une croissance exponentielle.
Dans un tel modèle, le temps nécessaire pour que la population double diminue progressivement.
La prédiction d’une « fin du monde » le vendredi 13 novembre 2026 est volontairement provocatrice — tongue-in-cheek, comme disent les anglophones.
En extrapolant mathématiquement la diminution du temps de doublement, celui-ci atteindrait zéro à cette date.
Autrement dit, le modèle mathématique cesse d’avoir un sens, et c’est précisément le message : von Foerster utilisait cette date absurde pour souligner les limites fondamentales des projections à long terme.
Bref : ce n’est pas la fin du monde, mais une réflexion cybernétique sur notre obsession de prévoir l’avenir à coups de chiffres.
Que la démographie ait longtemps été l’un de nos obsessions favorites ne date pas d’hier.
Bien avant les modèles mathématiques sophistiqués et les courbes exponentielles, elle servait déjà de support à toutes sortes de projections anxieuses, mêlant chiffres approximatifs, peurs collectives et fantasmes géopolitiques.
C'est , donc, dans un tout autre registre, plus ancien et plus actuellement politically incorrect que le Courrier de Vevey, de La Tour-de-Peilz et des communes environnantes du 5 février 1926 nous rappelle à quel point la démographie a longtemps été un nombril anxieux de nos sociétés.
1926 : quand la démographie nourrit la peur de l’autre
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https://www.scriptorium.ch/s/Pp12GxkCBD
LE PÉRIL JAUNE
Voici que le Japon est bondé. Sa population, en effet, malgré cataclysmes et catastrophes, s’accroît au rythme inexorable de sept cent cinquante mille êtres par an.
L’Empire du Mikado compte, en 1926, quatre-vingt-quatre millions d’habitants.
Si ce train continue, il en aura près de cent millions en 1946.
Si la dépopulation française se poursuit, les Japonais pourront, vers l’an 2026, commencer à coloniser les bords alors désertiques de la Seine, de la Garonne ou de la Loire.
Le voilà bien le péril jaune dont on a tant parlé.
Une mise en garde qui a très mal vieilli, et qui rappelle combien les projections démographiques ont souvent servi de support à des peurs fantasmées, entre analyses à la make my country great again et incapacité à accepter que nous habitons tous la même planète.
#2026 #histoire #archives #Doomsday